Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 juin 2016 2 07 /06 /juin /2016 11:06

Ce matin, histoire de diminuer la culpabilité de la mère indigne qui laisse ses enfants tous les jours (*) à la cantine ET à la garderie, qui n'accompagne presque jamais les sorties scolaires pour la pitoyable excuse qu'en semaine elle travaille, j'ai accompagné la classe de Crème à la piscine.

Pour les nouveaux venus et ceux qui, en plus d'un an sans quasi de billets, ont oublié les surnoms, je (Blabala) suis la chanceuse femme de Lux, et maman de trois chipies : Bulle, Crème et Plume de (à l'heure actuelle, on est au milieu de la saison des anniversaires) 8 ans 1/2, 7 ans et 3 ans 1/2.

Je m'étais donc préparée pour une sortie piscine avec une classe grouillante de CP et une prévision météo orageuse. J'étais au taquet sur la technique d'enfilage de bonnet(**), prête à réexpliquer gentiment pour la troisième fois que non, le T-shirt on ne le jette pas en boule on l'accroche là en haut, zen mais ferme sur le fait d'enfiler sa culotte avant de raconter sa vie à sa voisine, bref j'étais prête.

Tout s'est d'ailleurs bien passé, une seule des filles de la classe a enfilé son maillot de bain de travers, se retrouvant emmêlée dans les bretelles, je n'ai mis qu'une seule paire de lunettes et trois bonnets, bref je gérais comme une chef. Nous avons ensuite remis les enfants à leurs enseignants/maîtres nageurs, et je me suis assise sur un banc pour me remettre papoter avec la mamie qui avait participé à l' "emmaillotage de bain" de ces demoiselles avec moi. J'étais détendue, il ne pouvait plus rien arriver ou du moins s'il arrivait quelque chose ce n'était pas de ma faute. Je compatissais avec la maman qui accompagnait les CE2 et qui devait en surveiller trois dispensées de piscine, plus intéressées par faire le poirier que par lire les bouquins qu'elles avaient emportés.

Et c'est à ce moment là, sans que je m'y attende, que c'est arrivé. La discussion a commencé tranquillement, elle me disait qui était son petit fils, je lui montrais mes filles (pratique quand les classes des deux grandes y vont en même temps), et là ça a dérapé. Bon ça ne s'est pas vu tout de suite : "Trois filles ? Vous êtes courageuse." mais ça n'a pas traîné "Et vous ne tentez pas le garçon ?". Bon c'était dit tout gentiment, mais comme ça fait presque 4 ans que j'ai trois filles, c'est une phrase que j'entends souvent, et même trop à mon goût(***). J'ai eu le temps de lui glisser que vu qu'on avait déjà eu deux filles plutôt réussies, pour la troisième on n'allait pas risquer de rater un garçon vu qu'on ne savait pas faire, avant qu'elle ne me réplique que c'était une blague. Bien que je trouve totalement ridicule de devoir justifier de ne pas être triste de ne pas avoir un enfant de chaque sexe, j'ai dit que mes filles étaient assez différentes : que Crème était en ce moment plutôt "rose et princesses", et que Bulle au contraire était... mais je n'ai pas pu finir ma phrase. Jugeant bon de m'aider elle m'a coupé par un "...garçon manqué ?". Fouyaya là ça commençait déjà à me chauffer. J'ai donc pris sur moi, pensé à celles et ceux qui avaient dépensé tant d'énergie pour faire de moi une femme fréquentable en société, et j'ai juste continué ma phrase "...intéressée par les sciences et la lecture".

Elle m'a demandé si je travaillais, puis ce que je faisais comme travail, ce que j'ai pris pour une tentative de mesurer à quel point ma situation était dramatique/j'étais une mère indigne. Elle parlait donc de ses petits fils, du fait que pour soulager son fils, comme sa belle-fille (dans le commerce) travaillait le samedi, elle gardait un de ses deux petits fils. Devant mon air surpris, elle s'est sentie obligée de préciser : "Oui parce que quand il est tout seul le samedi, s'il se fait réveiller à 7h ce n'est pas facile de se reposer". Seulement mon air interrogateur n'était pas sur l'utilité de soulager ses enfants de leur progéniture un samedi matin, mais plutôt de les soulager de la moitié de leur progéniture. Celui qui reste dort pour l'autre aussi et enchaîne jusque midi ? C'est plus facile d'en mettre un devant la télé que deux, il se bagarre moins pour la télécommande ? Le coup des 7h du mat' un samedi m'a beaucoup parlé, du coup j'ai dit que 7h le samedi c'était plutôt la règle ici(*v). Elle a tenté le coup du "oui mais vous vous êtes deux", auquel j'ai renvoyé un "sauf quand mon mari est en déplacement". Bien mal m'en a pris (surtout que Lux est plus souvent barré en semaine que le week-end), car là elle a sorti la réplique ultime "Oui mais vous, vous êtes une femme.".

Et là, c'est le drame..... Bon elle a dû remarquer que mes yeux s'exorbitaient, que ma mâchoire restait pendante et que je changeais de couleur, du coup elle a passé les deux trois minutes suivantes (et c'est long deux trois minutes quand on rame tout ce qu'on peut) à se justifier, que les choses changeaient, la preuve que mon mari m'aidait, et d'autres trucs que mon état d'indignation avancé ne m'ont pas permis d'imprimer dans ma mémoire. J'ai encore pensé à mes parents, éducation tout ça tout ça, bien élevée "pas répondre à la dame", "merci", "s'il vous plaît".... et ai focalisé toute mon énergie sur le fait de ne pas lui dire que :

  • si tout le monde, même très gentiment, affirmait que c'était normal pour une femme de gérer les enfants et pour un mec de faire la grasse mat', qui plus est dans une famille où les deux travaillent à des horaires aussi pourris(v), la situation ne risquait pas de changer
  • si son fils ne savait pas gérer les enfants, elle pourrait peut-être commencer une petite réflexion sur ce qu'elle avait raté dans son éducation à lui.

Bon je crois, tout occupée à mon objectif ci-dessus, avoir laissé échapper qu'il n'y avait que deux choses que seules les femmes peuvent faire et pas les hommes : être enceinte, et allaiter. Point.

Autant vous dire qu'après son entraînement d'aviron sur terrain glissant et en pente, le silence est retombé et la conversation est quelque peu morte. Je me suis concentrée sur l'observation des enfants et la séance s'est terminée comme ça.

Je veux bien croire qu'il y ait plein de raisons pour que son fils ait besoin de dormir : une longue journée de boulot , ou qui dure jusque pas d'heure la veille, du stress ou un peu malade. Elle aurait juste pu me dire qu'elle aimait passer du temps avec ses petits enfants ou prendre soin de son fils en lui offrant un peu de calme. C'était sa vie, son choix, je l'aurais respecté. Mais là cette remarque sexiste, non, désolée Papa et Maman, je n'ai pas pu.

(*) sauf le jour de la rentrée, mais bon on va dire que c'est négligeable

(**) sur cheveux longs attachés, longs détachés, mi-longs, courts, bouclés, raides, crépus, lisses, enfin bref tout ce qu'on peut rencontrer dans un vestiaire de filles

(***) bon à mon goût une fois c'était déjà trop, alors....

(*v) et encore, quand ce n'est pas plus tôt

(v) oui parce que si l'un des deux bosse jusque 1h du mat' et l'autre se couche à 22h là oui il y a de la justification

Partager cet article

Repost 0
Published by Blabala
commenter cet article

commentaires

Rhalala 09/06/2016 22:26

Il va encore falloir plusieurs générations d'indignation pour que ça change. De mon côté, quand je pars en conférence, j'ai souvent la question : "Ben oui mais alors qui s'occupe de tes enfants ?" Ma réponse : "Ben, mon conjoint, il a l'habitude" (Notez le "il a l'habitude", une tentative de ma part de ne pas vexer mon interlocuteur qui est lui aussi loin de ses enfants et qui n'a pas l'air de penser qu'il pourrait les gérer tout seul). À cela je m'entends souvent répondre : "Mais, il n'a pas quelqu'un pour l'aider ?". Voire une personne qui en moins de 10min de conversation, m'a redemandé au moins 3 fois "Ben oui mais alors, qui s'occupe des enfants ?" (personne pourtant pas gâteuse par ailleurs...)

Magali 07/06/2016 16:06

Merci de revenir… et de t'indigner !
Je ne suis pas sûre qu'il y ait grand chose à faire dans ce genre de situation hélas :-( Mais c'est bien de faire réfléchir les gens et d'éduquer les générations futures !

Blabala 07/06/2016 17:09

Au bout d'un moment on a b3au savoir que ca ne va pas changer les choses, c'est juste impossible de les laisser croir3 que tout le monde pense comme eux.

Présentation

  • : Adieu Paris, Bonjour Nancy
  • : Un regard neuf sur une nouvelle ville, un nouveau boulot et un nouveau mode de vie (ou presque). Un peu d'humour souvent, de nostalgie parfois, et plein d'histoires à raconter sur notre nouvelle ville, nous, les moustiques enrhumés... et j'en passe.
  • Contact

Recherche

Archives